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Comment le Maroc fabrique-t-il sa monnaie?

Comment le Maroc fabrique-t-il sa monnaie?


Avant d’expliquer comment se fabrique la monnaie, billets et pièces de monnaie, il faut tout d’abord signaler que le matériel ainsi que la matière première (métaux, papier et encres) est une affaire de spécialistes qui traitent avec les Etats uniquement. Papier monnaie, alliage pour pièces sont fournis uniquement aux Etats et ne peuvent être vendus aux particuliers ni aux entreprises. Il s’agit d’un système très sécurisé au sein duquel opèrent peu d’acteurs et qui sont soumis à des cahiers des charges draconiens. Comment sont fabriqués billets de banque et pièces de monnaie ?


Comment le Maroc fabrique-t-il sa monnaie?


Tout commence par la réalisation graphique des billets en question au sein du département ingénierie. Depuis le démarrage de Dar Assikah, le Maroc a connu deux séries de nouveaux billets : en 1987 et en 2002. Leur conception a été faite par les infographistes maison et s’articule toujours autour de thèmes. Ainsi, le billet de 200DH actuellement en circulation a pour thème la mer. C’est la Marche verte qui illustre celui de 100 DH. La prochaine série devrait voir le jour en 2013 et l’on y travaille déjà depuis plusieurs mois. Autant de temps ? «Concevoir une nouvelle série de billets prend trois à quatre ans. C’est un travail très compliqué, car il faut valider une thématique, puis travailler le graphisme d’ensemble, et penser aux éléments non visuels, notamment ceux de sécurité», détaille M. Hadouni.



Il faut en effet savoir qu’un billet de monnaie est très complexe. Il est imprimé en relief, comporte un fil de sécurité, une image en filigrane, un motif changeant de couleur selon l’inclinaison du billet et un autre de transvision sur les deux faces et une image cachée correspondant à la valeur du billet qui n’apparaît que sous une lumière rasante. Par exemple, le billet de 200 DH comporte un fil de sécurité comportant un texte en micro-impression, une image du Souverain en filigrane, un pentagone changeant de couleur et comme motif de transvision un coquillage qui apparaît lorsque l’on regarde le billet par transparence. Dessin et motifs, tout cela fait l’objet de propositions, contre-propositions et d’études techniques de faisabilité, ce qui justifie le temps pris pour la conception et qui fait des billets un instrument de paiement très sophistiqué.

Et justement, quel est le poids de la contrefaçon au Maroc ? Lahcen Hadouni n’est pas étonné par la question mais par sa récurrence : «Nous recevons des billets pour déterminer leur authenticité et, croyez-moi, le poids de la contrefaçon au Maroc est insignifiant et au total, sur l’année, nous ne comptons guère plus de 19 000 faux billets».



Pour terminer, il faut noter que le billet reçoit la validation du Palais. Pour l’anecdote, on relèvera que les coupures émises en 2002 comportent l’effigie des trois Rois, une suggestion faite par le Souverain. A côté de cela le département ingénierie travaille aussi sur les pièces commémoratives émises à l’issue d’événements ou de fêtes nationales, des sceaux royaux, des modèles de nouveaux timbres fiscaux ou de vignettes automobiles. Mais revenons à la fabrication des billets.



Même si les fournisseurs sont tenus par des obligations contractuelles et sont en quelque sorte de «vieilles connaissances» dignes de confiance,même si la matière première, dès qu’elle est débarquée est transportée sous haute escorte tout arrivage est vérifié de manière systématique en vue d’éviter la moindre défectuosité. Ainsi, le papier monnaie arrive en rames de dimension prédéfinie qui donneront lieu à la production de 35 à 40 billets chacune selon le type (10, 20, 50, 100 ou 200 DH). Chaque feuille est minutieusement scrutée pour vérification de l’existence du fil de sécurité et de l’image filigranée du Souverain, puis passée aux rayons ultraviolets pour s’assurer que les éléments non visibles à l’oeil nus sont bien incrustés dans la matière du papier. En fait de papier, rien n’est plus faux que ce qualificatif puisque nos billets sont fabriqués à partir de coton. Oui, vous avez bien lu : 100% coton (on ne sait pas si c’est du peigné), nettement plus résistant que le papier fabriqué à partir de cellulose et qui se dégraderait, lui, très vite.Mieux, depuis deux ans, les billets de 20 DH et 50 DH, ceux qui sont le plus soumis à l’usure, contiennent une part de plastique qui leur permet de résister aux très nombreuses manipulations.



Après l’inspection du papier, vient ensuite l’étape de vérification des propriétés physiques du papier. Plis, double plis, seuil de résistance à l’étirement et au déchirement sont effectués pour chaque lot.

Parallèlement à cette procédure, et toujours concernant les billets, le laboratoire de Dar Assikah vérifie également la conformité des encres qui serviront à l’impression des billets. Ce ne sont pas des encres normales, il faut dire, et les fournisseurs se comptent sur les doigts de la main.



Classiquement, les techniques d’impression recourent souvent à l’usage de la quadrichromie (quatre couleurs de base) pour créer toutes les nuances. Quand il s’agit de fabrication de billets, on sort de la norme. D’abord chaque couleur est un «aplat», c’est-à-dire un mélange prédéfini et livré à Dar Assikah comme tel. Par exemple, pour imprimer un billet de 200DH, on n’utilise pas moins de 16 encres de différentes couleurs qui vont du bleu pastel au mauve. Ensuite, ces encres doivent être résistantes à l’usure. Dans le laboratoire, des tests étonnants sont effectués. Tests chimiques de composition, de nuances au séchage mais également contact avec différents liquides. Des échantillons de billets imprimés seront ainsi soumis au contact avec de l’eau de Javel, du détergent liquide, de la pâte de lessive de machine à laver, des corps gras… Des précautions nécessaires, selon M. Hadouni : «Les billets sont manipulés par différentes personnes, différents corps de métiers. Il ne faudrait pas qu’ils perdent leur couleur ou que leur dessin s’estompe par endroits, cela présenterait le risque de décrédibiliser la monnaie. Nous faisons en sorte qu’ils résistent à la manipulation de la ménagère, du marchand de poissons, du mécanicien… il doit résister à la salissure et au contact de produits corrosifs». L’on comprend alors pourquoi un billet oublié dans une poche de jean lavé à la machine reste en bon état…



Après vérification des encres et papiers, l’impression proprement dite peut alors commencer. Elle se décompose en trois étapes. La première est celle de la transposition du dessin encré sur les feuilles, réalisée par la technique d’offset. Les lignes d’impression fonctionnent en mode recto- verso à la fois. Les machines peuvent atteindre une vitesse d’impression de 10 000 feuilles à l’heure, mais il faut d’abord les régler très finement pour obtenir à la fois les bonnes nuances et éviter que le dessin ne soit déformé. Pour ce faire, le Papier monnaie étant relativement cher, on commence par faire des tests sur un papier normal jusqu’à obtenir l’exact réglage des machines. A l’issue de ce stade, des tests aléatoires sont effectués par les techniciens pour vérifier la conformité du dessin imprimé. Seconde étape dans l’impression des billets, la taille douce. Il s’agit de conférer au papier monnaie un relief, perceptible d’ailleurs au toucher, et que l’on obtient grâce à des encres spécifiques.



Constitué de rainures très fines, ce relief est un autre élément de sécurité des billets de banque puisque l’on ne peut pas l’obtenir par des procédés d’impression classique ou par simple photocopie couleur. Le même procédé de relief servira d’ailleurs à imprimer un dessin permettant de rendre les billets «lisibles» par les malvoyants. Sur l’avers des billets, en bas à droite, figurent des ronds en relief. Un rond pour le billet de 20 DH, deux pour le billet de 50, trois pour celui de 100 et quatre pour le billet bleu.



A ce stade, et après vérification technique, les billets, toujours en feuilles de 35 à 40 sont quasiment parfaits. Quasiment, car il leur manque un élément de reconnaissance individuelle : le numéro de série. C’est par un procédé de typographie qu’il sera imprimé sur les feuilles et pas dans n’importe quel ordre. En effet, sur une même feuille les billets, s’ils comportent les mêmes quatre premiers chiffres et lettres, ont des chiffres différents pour la série de six qui suit (à lire de gauche à droite). En revanche, le numéro du billet au même emplacement (exemple le premier en haut à droite) sur la feuille d’en-dessous est celui qui suit celui du billet sur la feuille supérieure.



Explication simple : lors de la découpe verticale des feuilles, cela permet d’avoir une suite ordonnée de billets numérotés. On imagine que les réglages de la machine de typographie doivent être pour cela informatisés.

Il faut savoir pour la petite histoire que jamais un billet ne peut être imprimé sous le même numéro, qu’il s’agisse d’un nouveau billet ou d’un renouvellement après destruction de l’ancien.

Une fois les feuilles imprimées, elles sont soumises à un contrôle de qualité intégrale avant d’être découpés en billets et empaquetés sous film plastique comprenant chacun un paquet de 100.Cette dernière opération s’effectue de manière automatique pour éviter la tentation. En effet, une fois les feuilles fournies à la machine, l’on peut certes observer la découpe mais sans pouvoir y toucher. Un cache en plexiglas recouvre la ligne de découpe jusqu’à l’émission de paquets de 1 000 billets, emballés et dûment étiquetés. A la fin du processus, les billets sont mis dans des caisses en carton et stockés dans le coffre-fort de Dar Assikah pour être envoyés aux différentes succursales de la Banque centrale. Fin de cycle. Entre la réception du papier et la sortie du billet fini imprimé sur le même papier, il se sera écoulé en réglages, calibrages, procédures techniques et respect de normes de sécurité, 20 jours au moins. Long, peut-être, mais au début et à la fin de chaque étape, les décomptes sont effectués en revenant aux indications des machines et les feuilles de billets en cours d’impression (produit semi-fini) ne sont stockées qu’après avoir été comptées par plus d’une personne, et enfermées dans un coffre-fort dont chacun ne détient qu’une des clés. On ne badine pas avec la sécurité. Ceci pour les billets. Pour la fabrication des pièces de monnaie, la technique est toute autre.

Le processus de conception d’une nouvelle pièce de monnaie reste cependant similaire à celui des  billets, quoique moins complexe. Inscriptions (valeurs faciale, image du Souverain, armoiries, thème), dimensions, composition, couleur font l’objet de plusieurs simulations informatiques, puis le modèle est gravé sur plâtre ou polymère avant d’être soumis à la validation royale. Une fois l’accord obtenu, on passe à la fabrication d’une «matrice originale» gravée en creux qui donnera naissance aux coins de frappe proprement dit qui seront fixés sur les presses monétaires et serviront à graver la monnaie à un rythme qui peut atteindre 700 pièces par minute. A noter que, là encore, le processus de vérification pré-presse est rigoureux. Les pièces sont reçues à l’état brut, c’est-à-dire sans aucune gravure. Ce sont juste des disques de métal n’ayant aucune valeur monétaire. Chaque lot livré à Dar Assikah fait l’objet d’une vérification de dimensions et de régularité de surface avant de passer au test de composition. Un spectromètre se chargera de renseigner sur les métaux qui forment l’alliage livré et leurs proportions. Les pièces de monnaie sont fabriquées avec des alliages de métaux très résistants. Pour les pièces argentées, c’est un mélange de cuivre et de nickel (cupronickel) qui est utilisé, tandis que le bronze d’aluminium fournit la matière de base des pièces argentées, les deux alliages entrant dans la composition des pièces bicolores que sont celles de 5 DH et 10 DH. Une fois les pièces gravées, elles iront alimenter la ligne d’emballage et se retrouveront par paquets cylindriques de 10, 20 ou 50. Pour s’assurer que les paquets sont parfaitement uniformes, ils sont automatiquement pesés et la machine rejettera tout paquet en sous-poids tout comme en surpoids.



Là encore, le processus de sécurité est verrouillé. Dans toutes les étapes, il suffit que la différence entre les flancs fournis et les pièces gravées soit d’une unité pour que le branle-bas de combat soit déclenché. A la recherche de la pièce perdue et hors de question de fournir de sa poche pour résoudre le problème.  En cas de résultat négatif, une fouille corporelle, tout comme dans le cas de billets, pourra être effectuée. Mais c’est extrêmement rare. Si la tentation est grande, les procédures de sécurité sont tellement complexes qu’un employé malintentionné aurait la quasi-certitude d’être démasqué avant de quitter l’établissement. Fabriquer de l’argent est à ce prix et puis on s’habitue, on finit par considérer la monnaie comme une marchandise.

                                        
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